Quels sont les véritables dangers de l’inflation ? Contexte de la Crise du Venezuela.

Share:
Indexes
  1. Contexte politique
  2. Chute du pétrole et conséquences économiques
  3. Boucle économique et sociale
  4. Lien avec la criminalité
  5. Quelles solutions ?
  6. Embargo américain
  7. Conclusion

Au Venezuela, la monnaie ne vaut plus rien. Les artistes utilisent des billets pour symboliser son manque d’utilité, et les enfants jouent avec de la monnaie réelle dans les jeux de société. Il s’agit d’une crise politique, économique et sociale sans fin depuis des années.

Comment est-ce possible que l’un des pays les plus riches d’Amérique Latine se retrouve avec une inflation totale de 400 000% en une seule année ? Comment le Venezuela a dépassé les conséquences économiques de la Grande Dépression de 1929 ?

Contexte politique

Tout commence dans un environnement politique très hostile, avec l’élection de Hugo Chavez en 1998, qui déclenchera un coup d’état par l’opposition 4 ans plus tard. Cependant, ce coup d’état a échoué car le peuple a soutenu son Président et les médias ont réussi à s’exprimer malgré la censure politique instaurée par la diffusion unique de dessins animés.

Il y a eu seulement 47 heures de coup d’état avant la libération de Chávez par les forces militaires. Il a ensuite instauré son mouvement politique avec un objectif d’améliorer les conditions sociales des habitants (accès à l’éducation, gratuité des soins, subventions pour les logements et la nourriture…).

Tout semblait parfait avec une réduction de 20% de la pauvreté en 2008.

Un seul problème : l’ensemble de ces décisions sont exclusivement financées par le pétrole, le gouvernement détenant un budget provenant à 50% de la rente pétrolière. Alors dès que le pétrole devient trop volatile, c’est l’intégralité de l’économie qui montre des signes de faiblesses.

Chute du pétrole et conséquences économiques

En effet, malgré une augmentation de 200% qui semblait positive grâce à la demande chinoise, le prix du baril de pétrole est lourdement impacté par la crise de 2008 et chute à moins de 25 dollars.

Le pilier de l’économie s’effondre et la politique populiste creuse de plus en plus le peu de budget restant. Inévitablement, il devient impossible de maintenir les mesures sociales et les dépenses excessives même si on note des conséquences sociales positives.

En 2013, Chávez décède et Nicolas Maduro (socialiste) est élu de justesse : il doit faire face au mécontentement du peuple à cause des conséquences économiques. Il met en place une dictature, avec des pressions comme 15 ans d’inéligibilité à son opposant.

Une crise politique commence à nouveau, le Venezuela entre officiellement en récession et le peuple tente de se faire entendre à travers des manifestations. La pression sur la monnaie est à son plus haut et on doit impérativement agir pour contrôler l’inflation.

Économiquement, les effets de l’inflation sont directement ressentis par les consommateurs sur le pouvoir d’achat, avec une capacité de consommation plus faible pour un même prix/salaire. Et l’inflation, si on ne la contrôle pas, est un cercle vicieux.

Pour simplifier, la baisse de consommation va ralentir la production, qui ralentira l’investissement, qui finira par ralentir l’ensemble de l’économie sans jamais s’en sortir.

Pour tenter d’en sortir, le pays a tout essayé : dévaluation de la monnaie, création d’une cryptomonnaie, remboursement massif de la dette. Mais la spirale inflationniste persiste et les entreprises anticipent les coûts de production dans le futur : cela relance le cercle vicieux.

Boucle économique et sociale

De manière paradoxale, le gouvernement utilise la planche à billets pour tenter de contrôler la dette causée par la crise. C’est exactement ce que les pays développés sont en train de faire pour gérer la crise du Covid-19, et ce qui génère l’inflation.

Face au désastre économique, une pénurie de marchandises commence et les habitants font la queue pendant des journées pour obtenir du riz et de l’huile. Le président blâme un boycott international pour apaiser les tensions mais personne n’y croit et les manifestations continuent.

95% des foyers vivent sous le seuil de pauvreté de 1.9 dollar par jour, encore une lourde conséquence sur la consommation qui entraîne l’économie dans une boucle infernale. Depuis 2013, le PIB du pays a baissé de 80%.

Les États-Unis comprennent la mascarade du président qui utilise la nourriture et l’économie pour faire pression sur les habitants et rester au pouvoir encore et encore. Ils interdisent au Venezuela l’accès aux marchés financiers, il s’agit de la première sanction économique.

Encore une fois, la situation se dégrade progressivement et les habitants décident que la seule solution est de quitter le pays endetté. Ainsi, environ 23% de la population quitte le pays, c’est l’un des plus gros mouvement migratoire.

Source: Statista

Lien avec la criminalité

Entre la misère et le manque de ressources, tous les chemins mènent à la criminalité. La population est devenue trop pauvre pour assurer ses besoins primaires, les habitants commettent des délits pour obtenir des ressources devenues inaccessibles.

Et l’opposition face au gouvernement joue également dans ce contexte, sur 23 000 homicides en 2018 on considère que les forces de l’ordre sont responsables à hauteur d’un tiers. Le Venezuela devient le pays le plus violent du monde.

La trajectoire avantageuse pour la Colombie, plus gros producteur de cocaïne, de passer par le Venezuela développe l’économie souterraine. 50% des habitants ont été impliqué de près ou de loin dans une activité avec des substances illicites.

Pire encore, cette économie souterraine serait directement orchestrée par le gouvernement qui a son propre cartel : Cartel de Los Soles. Des proches du « président » comme ses neveux ont été condamné à 18 ans de prison pour transport de cocaïne dans un vol Air France.

Il existe de nombreux témoignages et preuves sur le lien entre le gouvernement et ce cartel. Il ne s’agit pas que de drogues mais également de revente de médicaments, nourriture, manipulation des taux, pillage des caisses de l’Etat. Les Etats-Unis payent 15 millions pour des informations à ce sujet.

Quelles solutions ?

Visiblement beaucoup de problèmes et peu de solutions. Mais il y a eu des décisions économiques pour tenter de contrôler la crise comme l’émission de trois nouveaux billets à plus de 1 million de bolivars : à eux trois, aucun ne dépasse 1 dollar américain…

Autre décision, le Venezuela retire des zéros à ses billets car les prix devenaient trop complexes à afficher et que les factures contenaient trop d’erreurs. Cette solution n’a aucune conséquence directe ou indirecte sur l’inflation ou l’économie.

On note également le développement des investissements privés locaux par des hommes affaires depuis le manque de revenu pétrolier. Cependant, on garde un esprit de corruption car ces hommes négocient en échange de réductions de taxes et d’impôts.

La solution la plus stable pour les habitants lors des échanges est d’utiliser des dollars pour contrer l’instabilité de leur propre monnaie. Ainsi, les commerçants doivent sans cesse calculer les prix en fonction du taux.

Il est de plus en plus complexe de voir une solution concrète dans un tel chaos mais le début d’un espoir est de cerner une possibilité de croissance immense dans un pays en ruine.

Une autre source d’espoir se trouve malheureusement dans la guerre en Ukraine qui profite positivement au prix du baril de pétrole. Dans ce contexte, les Etats-Unis envisagent de lever les sanctions pour négocier avec le Venezuela.

Embargo américain

Il y a un débat justifié sur les sanctions économiques contre le Venezuela qui ont lourdement contribué à cette crise. Le pays était déjà en récession lors des premières mesures mais il est impossible d’en nier les conséquences, même sur d’autres pays.

L’objectif des États-Unis étant purement politique, il fallait absolument chasser Maduro du pouvoir. Pourtant, ce sont les habitants qui en payent le prix fort : on parle de destruction programmée de l’économie.

Conclusion

Il faut garder en tête que c’est toujours le consommateur qui payera le prix de l’inflation et que la hausse des salaires pour y remédier n’est pas une solution positive. Bien au contraire, elle participe à la spirale inflationniste.

Mais les solutions actuelles ne sont pas des solutions réelles et profitent du manque de savoir général sur l’inflation et l’économie. Le chaos inflationniste entraînera toujours des déséquilibres sociaux surtout au niveau des inégalités.