Les dangers pour un état d’être trop endetté.

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Année après année la dette publique n’a cessé d’augmenter et la crise du Covid-19 est venue porter le coup de grâce aux états. Les chiffres sont impressionnants et les économistes s’inquiètent de la pérennité de nos systèmes pour les années à venir.

C’est le cas de la France qui n’a cessé d’accroitre sa dette au fil des années (solde budgétaire déficitaire depuis 1974) et qui atteint aujourd’hui les 2 834,3 milliards d’euros. Soit 116% du PIB bien loin de respecter les critères européen de Maastricht définit en 1993 imposant que la dette publique des pays membres ne dépasse pas les 60 % du PIB et que le déficit des administrations publiques ne dépasse pas les 3% du PIB.

À noter que comparer la dette d’un état à une année de production (PIB) n’a pas réellement de sens pour beaucoup. En effet, si l’on comparait la dette d’un ménage à une année de salaire les chiffres seraient assez impressionnants.

Même si la France est mal placée au classement dette/PIB, elle est loin d’être le seul pays dans cette situation. Il s’agit d’un problème généralisé, symptomatique d’un mode de vie au dessus de nos moyens (20/30% selon certaines études) dans les pays riches.

Une étude de Reinhart et Rogoff a par exemple démontré en 2010 qu’il existait une corrélation négative entre la dette publique et la croissance économique. D’après leur calcul lorsque le taux d’endettement d’un état dépasse les 90% du PIB cela coûte de la croissance ! Une étude vivement critiqués et remise en cause par de nombreux autres auteurs.

Afin de comprendre le danger de cette dette, il serait intéressant de comprendre son mécanisme.

Il faut comprendre que l’état n’est pas un créancier comme les autres, à la différence des entreprises et des ménages qui se financent sur le marché bancaire l’état lui se finance sur les marchés financiers en émettant des obligations (les fameux bon du trésor).

Autre différence cruciale avec vous et moi, l’état à une durée de vie quasi illimitée… Comme il ne rembourse que les intérêts au fil du temps et le montant de l’emprunt à échéance, il est chose aisé pour lui de réemprunter afin de rembourser le premier emprunt. Surtout dans une période de taux très bas, voir négatif où l’état sera payé pour emprunter…

Nous n’avons donc qu’à maintenir les taux bas indéfiniment et les états ne feront jamais faillite… Mais est-ce vraiment réalisable ?

Et bien non et c’est ce que nous observons depuis quelques mois…les taux remontent. C’est ce qui est arrivé à l’Argentine dans les années 2000 et au Liban plus récemment qui ont tout les deux fait faillite.

Mais comment la dette devient-elle insoutenable au point qu’un état fasse faillite ?

Cela provient généralement de la concaténation de deux facteurs : baisse de la croissance et hausse des taux d’intérêts de cette dette. Les taux d’intérêts dépendent de la confiance des investisseurs en la capacité de l’état de rembourser ses emprunts. Une confiance qui est étroitement liée à la note attribuée aux états par les agences de notation (le fameux AAA). Cette note dépend de la situation économique du pays, sa stabilité, sa politique économique et budgétaire… Si cette note est dégradée les investisseurs auront donc moins confiance en la capacité de l’état à rembourser leur dette et ne voudront plus leur prêter d’argent ce qui fera augmenter le taux d’intérêt et alourdira progressivement le poids de la dette. Pour stabiliser sa dette publique globale l’état doit dégager chaque année assez d’excédent primaire mais si la dette de l’année précédente est trop importante ou si les taux d’intérêts sont top élevés, l’état va se retrouver dans l’incapacité de rembourser sans créer un nouvel emprunt ce qui dégradera sa politique budgétaire et ainsi potentiellement sa note attribuée par les agences de notation. Les taux d’intérêt vont à nouveau augmenter et alourdir la dette, une dette qui va croitre d’année en année comme une boule de neige et entrainer la faillite du pays.

Nous nous rendons bien compte dans ce phénomène de l’énorme importance de la confiance !

Pour éviter de faire faillite les états font tout leur possible pour endiguer cette remontée des taux ! En Europe par exemple la BCE joue un rôle clef avec sa politique monétaire accommodante. Elle rachète les titres de dettes des états membres sur le marché secondaire (car elle n’a pas le droit de le faire directement) ce que qui permet d’augmenter la confiance des investisseurs et de maintenir les taux proches de 0.

De la monnaie est créer de nulle part par la BCE pour agir directement sur le marché de la dette et racheter les titres de dettes détenus par les banques commerciales tuant artificiellement tout risque de faillite des états. Malheureusement à chaque tentative de fermeture du robinet monétaire, les marchés financiers baissent violemment accroc à leur drogue monétaire.

Vous vous en doutez toute action entraine des conséquences… l’inflation. Le fameux impôt des pauvres qui n’a cessé d’accentuer les écarts sociaux ces dernières années. C’est ce qu’on appelle la paupérisation, les ultras riches (multinationales) s’enrichissent en prenant des « risques » étant en réalité porté par les états et la BCE. C’est la privatisation des profits et la socialisation des pertes. Bernard Arnault en est très bien conscient et a déjà expliqué que sa fortune était grandement liée à l’emprunt. LVMH a par exemple pu lever 12 milliards d’euros à taux 0 pour acheter Tiffany grâce à l’argent magique de la BCE.

Patrick Drahi faisant également un constat assez choquant en déclarant, « Je dors mieux avec mes 50 milliards de dette, que les 50.000 que j’avais à mes débuts! ».

Vous pouvez créer autant de monnaie que vous voulez, tant que cette argent ne circule pas dans le monde réel il n’y aura pas d’inflation et le « pillage » peut continuer. Cette citation de George Wolinski le résume très bien : « Pour lutter contre l’inflation, il n’y a qu’une seule solution : ne pas donner d’argent à ceux qui le dépensent et ne pas le prendre à ceux qui le conservent. »

Nous comprenons bien que ce système entraine de nombreuses dérives… Ultra riche et politique monétaire sont intimement liés et le système semble avoir atteint un point critique. Une inflation record accentuée par la reprise économique et les problèmes de logistiques plaçant la BCE dans une situation compliquée… Après des annonces de baisse du quantitative easing (QE), de normalisation des taux directeurs et une inflation galopante, les marchés ont très mal réagit et les taux ont explosé ! Mettant en péril les états les plus endettés… Les banques centrales sont face à un dilemme, laisser mourir leurs monnaies ou laisser s’écrouler les marchés financiers.

La valorisation de la dette mondiale prend également depuis ces annonces une tournure inédite… Une baisse de plus de 10% uniquement basé sur une anticipation de hausse des taux de la FED et de la BCE. Même chose pour le S&P500 !

Rappelons tout de même que ces titres de dettes sont apportés comme collatéral pour faire du levier. Si les titres de dettes baissent trop les investisseurs seront dans l’obligation d’apporter plus de cash ou de titre sinon leurs positions seront liquidés. Des liquidations qui pourraient créer une spirale négative sur les marchés financiers et entrainer dans sa chute toute l’économie.

Pour mieux comprendre le principal danger de l’endettement des états, quoi de mieux que d’analyser le pays le plus endetté au monde. Avec une dette supérieure à 250% de son PIB les problèmes auxquels le Japon est confronté sont très intéressants et pourraient potentiellement nous arriver dans les années à venir.

Le pays est confronté à un dilemme. Avec la hausse de l’inflation, les taux du « Japan 10 year Treasury » augmentent et atteignent les 0.248%. Le rachat de titre de dette ne suffit plus… Même si cette hausse de quelques dixièmes peut paraitre dérisoire pour un pays endetté à 250% de son PIB, le coût de cette augmentation se chiffre en milliards de yen ! Pour éviter une autre augmentation de ses taux la Bank of Japan a annoncé le rachat illimité d’obligations dans le but de rétablir la confiance des investisseurs et d’empêcher les taux de dépasser le seuil limite de 0.25% fixé par le pays.

Mais une telle action à un coût : l’inflation ! Même si cela ne semble pas être un problème pour ce pays qui connait la déflation depuis plus de 20 ans. L’inflation c’est aussi une perte de valeur de la monnaie. En effet, depuis 2020 le yen se déprécie face à de nombreuses monnaies dont le dollar et a atteint il y a peu un plus bas historique de plus de 20 ans. Même si une dépréciation face au dollar a longtemps été un souhait pour faire baisser le prix des exportations et être plus compétitif, une baisse trop importante du yen devient aujourd’hui problématique.

Le prix des produits importés notamment les matières premières augmente fortement ce qui créé une pression sur les producteurs qui subissent les effets de la dépréciation et de l’inflation des matières premières. Résultat le Japon doit choisir entre une augmentation de ses taux ou une chute continue du yen renchérissant le prix des produits importés et affaiblissant l’industrie japonaise.

Un dilemme cornélien nous présentant ici un danger du surendettement d’un état !

La situation est encore plus problématique en Italie où les taux augmentent (2,67% à l’heure actuelle) sans aucune augmentation du taux directeur de la BCE ni de grand ralentissement du volume du QE. Le pays devra donc au cours des 18 prochains mois emprunter 400 milliards pour financer ses anciennes créances à des taux d’intérêt aussi élevés…

Un autre problème un petit peu plus politique semble pointer son nez en Europe, il s’agit de l’écart énorme qui est en train de se créer entre pays du Nord et pays du Sud. Tous les pays avec une dette supérieure à 110 points de PIB sont au Sud (sauf la Belgique) et les 12 autres (sauf Malte) au Nord ont une dette inférieure à 85 points de PIB.

Certains économistes craignent que des partis « populistes » prennent le pouvoir dans ces pays du Nord avec comme mot d’ordre « Nous ne voulons plus payer pour les pays du Sud ! ». Ce qui entrainerait une sortie de pays du Nord (comme le Pays-Bas par exemple) de la zone Euro, une zone bien plus avantageuse à l’heure actuelle pour les pays du Sud.

Une potentielle fragmentation qui obligerait probablement l’Union Européenne à encourager une soutenabilité des finances publiques incompatible avec la transition écologique qui nous attend… À noter que les politiques d’austérité visant à augmenter les impôts et/ou à baisser les dépenses publiques pour rembourser la dette ce sont souvent montrés inefficaces. Si l’on prend l’exemple de la Grèce ou de l’Espagne, ses politiques se sont soldées par une hausse du chômage, une baisse des programmes sociaux mais également une privatisation des services publics. En d’autre terme le coût social et économique de l’austérité est trop important. Les mêmes économistes du FMI qui imposaient les états en demande d’aide des politiques d’austérité, reconnaissent aujourd’hui le coup trop élevé socialement de ce genre de politique. Ils recommandent aujourd’hui d’agir différemment en trouvant de nouvelles sources de revenus comme l’imposition des plus riches ou la création de nouvelle taxe sur les biens de luxes.

Une solution proposée par les économistes pour régler ce problème de surendettement serait l’annulation d’une partie de la dette (les 25% détenues par la BCE). En effet, ils voient le défaut de paiement envers la BCE comme un outil budgétaire comme un autre et considèrent que faire rembourser les états avec des politiques budgétaires restrictives (austérité) n’a pas réellement de sens car l’argent une fois récupérée par la BCE sera tout simplement supprimé, comme envoyé dans un trou noir. La BCE pourrait donc tout simplement rayer une ligne de son bilan (4.800 milliards à l’heure actuelle) en obligeant tout de même les états à investir cette somme dans des projets d’utilité publique comme la transition écologique.

Une proposition rejetée par Bruno Le Maire qui considère qu’ « une dette ça se rembourse. Si vous voulez que les gens continuent de vous prêter de l’argent, il faut leur donner une garantie, une seule. Vous les rembourserez ! C’est ce qui garantit la qualité de la signature de l’état Français.»

Malgré tout la BCE n’est pas non plus un épargnant comme les autres, rembourser ses créanciers c’est un fait mais rembourser une institution européenne à laquelle nous avons accordé le privilège d’imprimer de la monnaie c’est autre chose…

Jacques Attali avait de son côté une vision un petit peu plus pessimiste et répondait à Melenchon qui lui demandait comment solder une dette de cette importance par une réponse simple : « Par la croissance, par la guerre et par l’inflation ». Une sombre prévision qui n’a peut être pas de lien direct avec ce qui se passe en Ukraine mais qui est tout de même intéressant à étudier surtout lorsque l’on voit l’influence des Etats Unis dans ce conflit, un pays adepte des conflits armées pour encourager sa croissance.

Les USA étant également un pays très endetté (approximativement 133% du PIB) mais bénéficiant d’une arme fatale… le dollar ! En l’absence d’une monnaie de réserve mondiale concurrente, le dollar est le meilleur atout des Etats-Unis pour continuer à attirer sur leur sol l’épargne du monde entier et financer ainsi leurs déficits.

Bibliographie :

http://www.blog-illusio.com/article-la-dette-publique-nuit-elle-a-la-croissance-critiquer-reinhart-et-rogoff-117175998.html

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/le-dollar-arme-fatale-des-etats-unis-311114

Podcast France Culture « Faut-il encore avoir peur de la dette publique ? »

Thread Twitter Anice Lajnef et Julien Chler.

Posts instgram de comptes économiques.

https://www.youtube.com/watch?v=SZxeTIzQwQ4

https://www.youtube.com/watch?v=HnJqBSdUcZY

https://www.youtube.com/watch?v=_K7pOATTPqA

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique

https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/04/26/le-cumul-des-dettes-publique-et-privee-en-france-s-etablissait-en-septembre-a-361-du-pib_6123730_3234.html

Podcast « La dette publique est-elle un problème ? » BFMTV

Podcast « Faut-il avoir peur de la dette ? » Splash