INFLATION : UN MAL NÉCESSAIRE ?

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  1. — — À l’origine : la monnaie — -
  2. — — Un peu d’histoire de la monnaie — -
  3. — -Les racines de l’inflation moderne — -
  4. — -Le cercle vicieux de la création monétaire et et ses conséquences — -

Comme nous avons pu le remarquer ces derniers temps, l’inflation est devenue un sujet de préoccupation majeure, par ailleurs amplement traité par les médias. Le consommateur, qui voit augmenter les prix des produits de première nécessité, a une vision immédiate, pragmatique et possiblement anxiogène d’un phénomène qui, pour lui, ne se définit que d’une seule façon: la vie devient plus chère… Cette observation simpliste et immédiate, mais cependant très juste, peut cacher des réalités un peu plus techniques qui amènent à entrevoir, en fonction de l’angle sous lequel elle est étudiée, plusieurs niveaux de définition et des réalités plus complexes.

— — À l’origine : la monnaie — -

S’il y a inflation, il y a monnaie. Or d’où vient cette monnaie et pourquoi existe-t’elle ?

Dans une société qui se construit par la multiplicité des talents, les acteurs qui y vivent produisent des biens physiques et des services afin de subvenir à leurs besoins. Si le troc, qui existait bien avant la naissance de toute monnaie, est un moyen intelligent, pratique et créateur de lien social, il ne résout cependant pas une donnée simple : la concomitance des besoins. Un individu A n’a pas forcément besoin du bien de l’individu B au moment où celui-ci a besoin du bien de l’individu A. Que faire également si l’individu A a besoin du bien de l’individu B qui a besoin de l’individu C, qui lui a besoin du bien de l’individu A ? Autre exemple : une récolte saisonnière qui doit permettre à son producteur de vivre sur une période beaucoup plus longue. La nécessité d’un instrument intermédiaire, permettant un paiement différé, intervient alors. Je peux ainsi vendre un bien à quelqu’un d’autre sans craindre de ne pas avoir ce que je veux en échange car l’instrument d’échange utilisé me permet de l’adresser à un tiers qui aura le bien ou le service que je recherche. Pour cela, l’instrument que j’utilise doit être reconnu par la communauté à l’intérieur de laquelle ce “troc différé” prend place, mettant ainsi l’accent sur une caractéristique fondamentale d’une monnaie : la confiance de ceux qui l’utilisent.

Ce moyen de paiement peut ainsi prendre des formes très diverses tant que tous ceux qui l’utilisent s’y reconnaissent. Cette confiance, élément essentiel et fondateur, est mise à mal en tant de crise. Il est donc important d’avoir un instrument d’échange bâti sur des bases solides, tout comme on ne construit pas sa maison sur du sable.

— — Un peu d’histoire de la monnaie — -

Avant d’en arriver à la forme que nous connaissons aujourd’hui, la monnaie a prit plusieurs formes: le cuivre, le tabac, les perles, le bétail, les cigarettes (en tant de conflit). Ces monnaies étaient souvent (et sont parfois encore) influencées par les zones géographiques dans lesquelles elles fonctionnaient, comme les coquillages par exemple. Mais à l’échelle d’une grande communauté ou d’une nation, ce type d’instrument rencontre vite ses limites.

Avec l’apparition d’une monnaie, apparaît la possibilité d’économiser. En effet, si je sais que l’instrument d’échange que j’utilise à une valeur pérenne sur la durée, le désir apparaît, me donnant ainsi la possibilité de mettre de côté soit pour acheter un bien d’une grande valeur ou encore d’anticiper des jours difficiles, donnant ainsi une nouvelle fonction à ce moyen de paiement, d’ailleurs propre à une monnaie, celle de réserve de valeur.

Il est important d’ajouter outre la confiance de ceux qui l’utilisent sur la durée, une monnaie doit pouvoir être divisible pour permettre de graduer les échanges au maximum.

Deux monnaies ont rapidement émergé naturellement : l’or et l’argent. Cependant le problème du stockage s’est posé, parfois pour des raisons de volume mais surtout pour des questions de sécurité. Or les premiers professionnels de ces sujets, qui étaient des orfèvres, ont commencé à proposer des services de stockage de l’or en échange de certificats de détention décrivant le poids de métal détenu par le déposant dans les entrepôts sécurisés.

On s’est alors rendu compte qu’il était pratique d’échanger ces reçus. Ces “substituts monétaires” étaient en fait l’équivalent des premiers billets de banque. Les banques se sont alors aperçu que les déposants ne venaient pas toujours chercher leur or et qu’il était donc possible d’imprimer plus de reçus/billets qu’il n’y avait d’équivalent métal dans les coffres. Cependant, la concurrence entre les différents professionnels obligeait ces derniers à garder d’importantes réserves en or.

En 1803, la Banque de France se voit octroyer le monopole de l’émission de billets de banque. Entre 1815 et 1914, la majeure partie des pays du monde se convertit à ce système appelé “étalon or”, c’est-à-dire que la quantité de billets en circulation est plus ou moins égale à la quantité d’or dans les banques. En 1914, un changement profond s’opère avec le déclenchement de la guerre, car la France et la Grande Bretagne vont suspendre la convertibilité or en espérant à terme que les stocks d’or seront compensés par les réparations payées par les allemands. Mais sur les 80 milliards de marks or que l’Allemagne aura à payer, elle n’en paiera que 5 à la suite du moratoire déclaré par le Président Hoover sur la dette allemande en 1926, ceci afin d’éviter que l’Allemagne ne se tourne vers l’Union Soviétique.

La conséquence de cette perte de convertibilité et de la surimpression monétaire qui en découle fait qu’après-guerre la France, l’Angleterre et l’Allemagne connaissent des niveaux d’inflation très élevés. En France les prix sont multipliés par 6,5 entre 1913 et 1928. En Allemagne, c’est bien pire : 1 dollar vaut 4 marks en 1913 et 4 milliards de marks en 1923. Entre les deux guerres, seuls les États-Unis et la Grande-Bretagne ont un système de convertibilité or. En 1944, les alliés se réunissent à Bretton Woods et le dollar resté fort va prendre un ascendant dans les échanges internationaux, sa convertibilité étant beaucoup mieux gérée. Mais en 1971, les États-Unis vont abandonner la convertibilité or pour 2 raisons principales :

  • Les États-Unis impriment énormément pour financer la guerre du Vietnam.
  • Certains alliés rapatrient leurs stocks d’or.

— -Les racines de l’inflation moderne — -

En abandonnant la convertibilité or, la monnaie imprimée n’est plus adossée sur quoi que ce soit de solide. C’est une révolution discrète dont les conséquences adviendront des années plus tard.

Imaginez un instant qu’une denrée que vous appréciez soit subitement disponible en surabondance. Son prix tendrait mécaniquement à baisser car l’offre serait bien trop supérieure à la demande. De même, l’après COVID a vu le prix de certains biens de consommation augmenter car les chaînes de production ont mis du temps à se remettre en route. Transposez maintenant cette vision sur la monnaie en la considérant comme une denrée. Si vous en trouvez en circulation, sa valeur va mécaniquement baisser.

INFLATION = masse monétaire x vitesse de circulation.

En abandonnant l’étalon or, les grandes puissances ont enclenché un effet “boule de neige” qui conduit aujourd’hui à l’inflation que nous connaissons, le COVID et la guerre en Ukraine n’étant possiblement que des révélateurs et des accélérateurs. Rendez-vous compte que la moitié des dollars crées/imprimés dans toute l’histoire des États-Unis l’ont été les 5 dernières années. L’Europe et le Japon ne se portent pas beaucoup mieux. Or, nous pouvons créer toute la monnaie que nous voulons (notamment par le biais du crédit), cela ne lui donne pas pour autant une valeur de fond. Le Monopoly aussi a beaucoup de billets, et c’est encore mieux avec plusieurs boîtes… Pour qu’une monnaie inspire confiance, elle doit offrir une contrepartie solide, car si elle perd la confiance de ceux qui l’utilisent, elle génère des mouvements de panique qui empirent les effets négatifs d’une mauvaise gestion.

L’abandon de la convertibilité conduit à une extrême financiarisation de l’économie (comme nous pouvons l’observer aujourd’hui) où rémunérer des dividendes et être côté en bourse devient plus important pour un chef d’entreprise que de créer des emplois en investissant dans l’économie réelle. Cela a comme conséquences:

  • La baisse continue des investissements des entreprises conduisant à des vides de financement ( dans l’économie réelle) et des besoins en capitaux qui ne sont pas satisfaits.
  • L’augmentation des inégalités car cette fuite d’argent vers le monde de la finance et la logique de rendement absolu qu’elle implique accroît les inégalités. Ce qui entraîne par ricochet une baisse d’argent disponible dans l’espace publique qui pourrait être utilisé pour les écoles, les hôpitaux, etc …

— -Le cercle vicieux de la création monétaire et et ses conséquences — -

Depuis 2008, la création monétaire se fait principalement par le crédit bancaire, d’où le rôle de ces fameux taux d’intérêt dont on parle tellement et qui, lorsqu’ils sont bas, favorisent le crédit et donc la création monétaire et ainsi la pression inflationniste. À l’inverse, lorsqu’ils sont haut, l’attrait du crédit baisse et la valeur de la monnaie augmente. Mais en augmentant leurs coûts d’emprunt, les banques exercent une pression sur la consommation qui bénéficie du crédit immobilier et du crédit à la consommation. Par conséquent, si cette politique peut contribuer à une meilleure maîtrise de l’inflation, elle fait également peser la menace d’une récession. Il est donc tentant de penser qu’elle ne constitue pas une solution viable à long terme. Mais tel a été le laisser aller ces dernières que les Banques Centrales en viennent visiblement à être obligées de prendre ce type de décisions pour compenser. À ce problème s’ajoute celui de la hausse du prix de l’énergie qui est lié à des décisions politiques et qui fragilise les décisions des Banques Centrales pour contenir l’inflation et la création monétaire.

Les consommateurs/épargnants lambda que nous sommes sont donc pris en étau entre d’un côté le spectre d’un chômage lié à une récession dûe à une hausse des taux, et de l’autre une baisse sensible du pouvoir d’achat liée à une baisse de ces taux sur un terrain rendu déjà “aride” par des années de création monétaire excessive.

Les conséquences directes de cette inflation varient en fonction des publiques concernés. Ceux qui en profitent sont ceux qui ont profité des crédits à taux bas et fixe ces dernières années :

  • Les acheteurs de biens immobiliers.
  • Les entreprises qui se sont financés sur de la dette bon marché (la Big Tech américaine)
  • L’ÉTAT, car il est le premier emprunteur.
  • Ceux qui ont su investir sur les marchés financiers, les entreprises ayant mis en place des procédés de rachat de leurs actions.

Ceux qui en souffrent : les classes populaires. Pourquoi ?

  • Elles n’ont pas les moyens de se payer un conseiller financier.
  • Le seules économies possédées par les plus modestes sont souvent constitués par une épargne. Or l’inflation réduit mécaniquement la valeur de cette épargne.

L’inflation agit de fait comme une taxe sur l’épargne. Ce qui, pour quelqu’un qui a travaillé dur toute sa vie pour économiser, peut sembler profondément injuste…

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Aux vues des éléments que nous éléments que nous venons d’évoquer, le constat est amer et l’avenir semble sombre pour une grande partie de la population. Peut-on se permettre d’être optimiste ? Oui pour 2 raisons:

  • C’est une énergie vertueuse.
  • C’est une dynamique constructrice tant qu’on ne la confond pas avec de la crédulité, et que l’on exprime plutôt comme une confiance en son potentiel et sa capacité à affronter certaines épreuves.

Hannah Arendt disait: “préparons nous au pire mais espérons le meilleur”.

Existe-t’il des solutions ?

Certains économistes considèrent qu’une hausse des salaires permettrait de palier les effets de l’inflation sur la consommation des ménages tout elle diminuerait les risques de récession liés à la diminution de la consommation.

Comment se préparer individuellement ? Cela passe d’abord par des sacrifices, pour ceux qui peuvent encore en faire, car les plus modestes sont très touchés et ont besoin d’aide prioritairement. Pour les moins modestes mais qui n’ont pas les moyens d’investir dans l’immobilier, il reste le placard à conserves ( qui offre par ailleurs une couche de protection contre d’éventuelles pénuries à venir), le métal( plutôt l’argent, qui est plus liquide et moins cher), et certaines devises étrangères de pays dont les politiques monétaires ont été plus rigoureuses (couronne norvégienne, franc Suisse ou dollar de Singapour).

D’un point de vue macroéconomique, il semble que nous soyons à la fin d’un modèle et que cela concerne principalement l’occident. En effet, après la crise de 2008, des pays comme la Chine surtout, mais aussi la Russie, ont très fortement leurs réserves de dollars et leurs actifs libellés en dollars. La Chine, la Russie et l’Inde n’ont par ailleurs pas cessé d’augmenter leurs stocks de métaux précieux. La Chine a récupéré des quantités d’or considérable qu’elle a fait transformer en lingots en Suisse avec un degré de pureté de 9999 pour 10000. Des rumeurs ont grandit selon lesquelles la Chine préparerait une monnaie adossée à l’or. Pendant ce temps en Occident, les monnaies locales renaissent dans de nombreux endroits comme témoigner de la baisse de confiance progressive dans sont système monétaire institutionnel.

Allons-nous assister à la naissance d’un nouveau modèle d’inspiration asiatique ?